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Donation-partage, indivision et rappel fiscal : vers une remise en cause massive des transmissions anticipées ? ⚖️

L’actualité récente met en évidence un risque croissant de remise en cause de nombreuses donations réalisées dans un cadre familial, tant sur le plan fiscal que civil.
La combinaison de la jurisprudence récente relative à la donation-partage, de l’analyse de l’administration fiscale et de l’évolution des stratégies patrimoniales conduit à fragiliser des montages pourtant couramment utilisés en pratique notariale.

L’enjeu est majeur : une requalification peut entraîner le rapport à la succession, une nouvelle évaluation des biens, une taxation supplémentaire, et parfois des contentieux successoraux lourds 💥.

L’arrêt de la Cour de cassation du 2 juillet 2025 marque à cet égard un tournant important en rappelant avec force que la donation-partage suppose un véritable partage matériel des biens.

La donation-partage : un instrument central d’anticipation successorale 📚

La donation-partage constitue l’un des principaux outils d’organisation anticipée de la succession.
Prévue aux articles 1075 et suivants du code civil, elle permet au disposant de transmettre de son vivant tout ou partie de ses biens en procédant lui-même à leur répartition entre ses héritiers présomptifs.

Sa fonction est double : transmettre et répartir.

Cette dualité est essentielle : la donation-partage n’est pas une simple donation, mais une libéralité assortie d’un partage anticipé.

La jurisprudence rappelle régulièrement que la donation-partage suppose une véritable distribution des biens entre les héritiers et non la simple attribution de droits abstraits.
La Cour de cassation exige ainsi une répartition matérielle des biens pour que la qualification soit retenue.

Cette exigence s’explique par la finalité même de l’institution : éviter les conflits successoraux en empêchant la naissance d’une indivision au décès.

L’objectif historique de la donation-partage est en effet de prévenir l’indivision successorale et d’assurer la paix des familles, ce qui suppose une attribution individualisée des biens.

L’indivision dans la donation-partage : une source majeure d’insécurité juridique 🏠

La pratique notariale a largement admis des donations-partages comportant des biens indivis, notamment lorsque le patrimoine était difficilement divisible.

Cette pratique a été encouragée par des considérations fiscales, la donation-partage bénéficiant d’un régime favorable.

Toutefois, la jurisprudence a progressivement restreint cette tolérance.

La Cour de cassation juge de manière constante qu’il n’y a de donation-partage que si le disposant procède à une répartition effective de ses biens entre les héritiers.

Ainsi, lorsqu’un acte attribue seulement des droits indivis, il ne peut être qualifié de donation-partage et doit être requalifié en donation simple.

La difficulté devient plus importante encore lorsque l’acte combine des biens attribués en pleine propriété et des biens attribués en indivision.

La décision du 2 juillet 2025 confirme que la présence d’une indivision peut suffire à exclure la qualification de donation-partage, même si certains biens sont attribués privativement.

La Cour retient que l’acte ne constitue pas un partage dès lors que les donataires restent indivisaires sur certains biens.

Cette solution rejoint la doctrine majoritaire selon laquelle la donation-partage doit faire disparaître l’indivision, et non la créer.

La requalification en donation simple : des conséquences successorales majeures ⚠️

La perte de la qualification de donation-partage entraîne des effets considérables.

En cas de requalification, les biens donnés doivent être rapportés à la succession, conformément aux règles de droit commun.

La donation simple est soumise au rapport, à la réunion fictive, et au calcul de la réserve sur la base de la valeur au jour du décès.

La Cour d’appel, confirmée par la Cour de cassation, rappelle que les biens doivent alors être rapportés et évalués lors du partage.

Cela peut conduire à des rééquilibrages importants entre héritiers.

L’un des principaux avantages de la donation-partage est l’évaluation des biens au jour de l’acte.
En cas de requalification, cette règle disparaît.

Les biens sont alors évalués au jour du décès, ce qui peut provoquer des compléments de part, des indemnités et des actions en réduction.

La doctrine souligne que cette conséquence peut remettre totalement en cause l’économie de la transmission anticipée.

La donation-partage a pour fonction d’éviter les conflits, mais sa disqualification produit souvent l’effet inverse : ouverture d’opérations de liquidation, expertise des biens, contestations entre héritiers, et procédures judiciaires longues.

L’affaire jugée en 2025 illustre ce risque, la requalification ayant conduit à l’ouverture d’un partage judiciaire plusieurs décennies après l’acte.

Les conséquences fiscales : un risque de rappel sur les donations anciennes 💰

La fragilisation civile de la donation-partage peut avoir des conséquences fiscales importantes.

Lorsque l’acte n’est plus considéré comme une donation-partage, l’administration peut remettre en cause le régime fiscal appliqué, exiger des droits supplémentaires ou considérer qu’un partage ultérieur constitue une mutation taxable.

Cette situation concerne notamment les donations réalisées dans un contexte d’indivision ou de répartition incomplète.

La remise en cause peut porter sur des opérations anciennes, notamment lorsque la qualification civile est contestée à l’occasion du règlement de la succession.

Le risque est d’autant plus élevé que la jurisprudence actuelle adopte une conception stricte de la donation-partage, incompatible avec certaines pratiques patrimoniales anciennes.

Une jurisprudence qui marque un retour à une conception stricte de la donation-partage ⚖️

La décision du 2 juillet 2025 s’inscrit dans une évolution jurisprudentielle tendant à recentrer la donation-partage sur sa fonction première : un acte de transmission mais aussi un acte de partage réel.

La Cour rappelle que la donation-partage ne peut être utilisée comme un simple outil fiscal.

Elle doit constituer un véritable partage anticipé, excluant en principe l’indivision entre héritiers, sauf cas expressément prévus par la loi.

Cette orientation vise à garantir la sécurité juridique des successions, mais elle expose en contrepartie de nombreuses transmissions anciennes à une remise en cause.

Dans ce contexte, la sécurisation juridique des transmissions anticipées devient essentielle, car la qualification de donation-partage ne peut être retenue que si l’acte réalise un véritable partage matériel conforme aux exigences du droit des successions.

Omega Avocats Succession

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